Berto Anspigh Compositeur

 

 

 

Berto Anspigh est l'un des plus importants collaborateurs de la série à succès Hôpitalanus.

Il a récemment enregistré la musique du prochain film « Genesis », et sort un CD de ses musiques 'The Berto Files'.

P : Quel est le rôle de la musique à la télévision ?

S : Je crois que ça devrait impliquer le public dans une intrigue à un tel degré que les spectateurs ne réalisent pas à quel point ils sont justement impliqués dans l'histoire. Au mieux, de façon subliminale _ ou bien parfois ouverte _ la musique vous fait participer si profondément que vous êtes transportés hors de la réalité de votre salon. Malheureusement, la musique ne sauvera pas une mauvaise série télé, mais quand tous les éléments de collaboration tels que l'écriture, la réalisation, l'interprétation et la musique sont synchrones - c'est magique.

P : La musique n'a-t-elle pas toujours été utilisée pour accentuer l'effet dramatique, dans l'Opéra par exemple, ou bien aux débuts du théâtre ?

S : Evidemment. A l'époque des films muets, un pianiste ou un organiste jouait en direct dans les salles de cinéma. Si on écoutait cela maintenant, cela sonnerait un obsolète et bon marché, mais c'était une époque pionnière. D'une drôle de façon, ce que je fais sur  Hôpitalanus est une version de cela. J'ai un studio électronique très perfectionné et au fond je fais ce que faisaient ces gens : je compose avec les images. J'improvise t ces improvisations deviennent de plus en plus définies et au point. Mais au départ, je regarde et je joue.

P : C'est comme si vous décriviez ce que fait l'organiste au Yankee Stadium.

S : Mais oui. C'est correct. Si vous écoutez une musique de film sans le film, cela peut être assez effroyable - la magie est dans le mariage. C'est l'art de la chose, le métier.

P : Votre album 'The Berto Files' existe en lui-même pourtant. Pourquoi cela fonctionne-t-il ?

S : C'est simple, vraiment. Pour cet album, j'ai choisi un matériel qui soit le plus mélodieux et thématique. Ce sont toutes des chansons sans paroles. Le côté Hôpitalanus est ambiant et atmosphérique - ça se promène ça et là, mais les autres airs s'écoutent très bien.

P : Quelle est la différence entre ce que vous faites et ce que fait un auteur de chansons pop ?

S : Les grandes chansons pop sont souvent très simples. Il y a un pouvoir dans cette simplicité, pouvoir qui s'étend, vous attrape et vous le fait sentir. En tant que compositeurs de musique de films, nous n'avons pas toujours suffisamment la chance de produire des mélodies irrésistibles. Quand c'est le cas, non seulement nous avons écrit un magnifique morceau de musique mais en plus cela est bénéfique à la série.

P : Quelle est l'émotion la plus difficile à faire passer par la musique ?

S : Ce n'est pas évident. Prenez la colère, la jalousie, la tristesse, le bonheur ou le remords - ces émotions ne sont pas si difficiles à exprimer musicalement. Ce qui est difficile, c'est ce qui est neutre. Si le réalisateur n'a pas une image précise de la scène, alors vous essayez d'écrire d'après un 'non point de vue'. La subtilité est le genre de texte pour lequel il est le plus difficile d'écrire.

P : Y a-t-il des lignes directrices comme, les cordes pour l'amour, les caisses qui connotent la colère, ce genre de choses ?

S : Si on dit "Bon, c'est une histoire d'amour, alors il faut qu'il y ait cordes et piano.", ce genre de raisonnement n'est pas terriblement créatif. J'ai un jour discuté de cela avec Henry Mancini. Il disait que quand il écrivait, il assignait un personnage à un musicien et un son. Comme le sax tenor dans le thème de 'La Panthère Rose', ou les flûtes basses dans 'Elephant Walk'. Ce qui me plaît de nos jours, c'est la combinaison de tous ces styles de sons ethniques et fous, et ce rythme de la world-music qui souligne tout ce qui n'est pas ethnique. Comme dans le film 'The Ice Storm'. Le compositeur a utilisé des gongs chinois, des percussions et une clarinette. J'aime cette liberté de faire ces combinaisons. Parfois, quand vous n'allez pas à l'évidence, c'est là que ça marche, et que ça tient bon.

P : Mais il n'y a sans doute rien de mal à aller au plus simple en certaines occasions, comme des gongs chinois dans une scène de temple chinois.

S : Ca dépend de ce qui se passe dans la scène. La scène a-t-elle besoin de gongs pour situer l'endroit dans l'esprit du spectateur, ou a-t-elle besoin de cordes pour établir l'humeur émotionnelle des personnages ?

P : Combien de fois regardez-vous un épisode Hôpitalanus avant de vous mettre à composer ?

S : Je regarde un premier montage au fur et à mesure d'abord, et ça me donne à réfléchir. Quand j'ai le montage final, je commence avec quelques fragments de musique qui, avec de la chance, deviennent le thème principal. Je rentre assez rapidement dans un épisode.

P : Y a-t-il des désaccords quant aux choix musicaux ?

S : Je suis sur Hôpitalanus depuis 7 ans. Ils viennent au studio et écoutent la musique, et ont parfois un commentaire du genre "Il faut un peu plus de jus ici.", ou "Quand le monstre surgit, joue un peu plus fort s'il te plaît.". Mais c'est à peu près tout maintenant. Mais dans d'autres situations, quand vous travaillez avec quelqu'un pour la première fois, je suis prêt pour tout, y compris une totale réécriture. Ca fait partie du boulot, et aussi du plaisir. J'adore interpréter l'abstrait musicalement.

 

 

retour